mercredi 16 mars 2016

Madame Séléné - Rapport d’observation astronomique 2016.03.13.s

Introduction

La météo des derniers mois ayant été ce qu’elle a été, j’en avais assez de râler parce que les seuls soirs dégagés étaient généralement ceux autour de la pleine Lune. J’ai donc fait récemment l’acquisition du 21st Century Atlas of the Moon, me disant que puisque j’ai toujours aimé la Lune, autant profiter de sa présence dans le ciel pour l’observer avec une certaine finesse. Il faut dire que je ne disposais pas, jusqu’ici, de cartes lunaires vraiment satisfaisantes mais que, avec ce nouvel Atlas, j’ai maintenant tout ce qu’il me faut pour ne plus râler lorsque Madame Séléné se montre dans le ciel.

Dimanche soir dernier, 13 mars, de 19h45 à 21h15, je me suis donc installé devant la maison chez nous, en pleine banlieue, profitant fort opportunément de la lumière du réverbère pour consulter l’atlas, et je me suis régalé à observer la Lune. Il n'y avait pas de turbulence, car l'image était très stable (lors de ma précédente observation lunaire, l'an dernier, la turbulence faisait danser la surface comme une mer couverte de vagues en mouvement).

Dimanche, donc, la Lune se présentait sous la forme d’un croissant ascendant de cinq jours. Je l’ai observée avec mon télescope Celestron 114/1000, un oculaire de 5 mm (grossissement de 200x et champ réel de 18') et un filtre neutre 25%. Ça n’a d’ailleurs pas été sans peine, puisque, n’ayant pas de système de suivi, Madame Séléné mettait très peu de temps à sortir du champ. Consultant souvent l’atlas, je revenais à l’oculaire pour découvrir presque systématiquement une … absente. Mais qu’importe : ce grossissement en valait la peine et je n’ai pas été déçu.

J’ai observé trois régions spécifiques : le nord-nord-est lunaire, à la fois proche du limbe et du terminateur, la région de Mare Crisium et celle de Mare Nectaris. Je ne rapporterai pas ici le détail de tout ce que j’ai observé, notamment pour éviter une fastidieuse énumération de cratères, mais je vais plutôt m’en tenir aux détails d’observation qui m’ont semblés les plus intéressants pour chacune des trois régions.

Petit rappel préliminaire : sur la Lune, l'est et l'ouest sont les mêmes que lorsqu'on consulte une carte terrestre (l'ouest à gauche et l'est à droite).

Le nord-nord-est lunaire

C'est une région fortement cratérisée proche des cratères Atlas et Hercules.

À l'ESE de ceux-ci, le cratère Plana et son tout petit pic central et, au nord, les grands cratères Endymion et De La Rue.

La zone où le terminateur et le limbe se rejoignaient était la plus intéressante de cette région, avec l'effet combiné d'un relief accidenté (propre à cette région), d'ombres fortement allongées (propres au terminateur) et d'un paysage vu sous un angle rasant (propre au limbe). Les jeux de formes et de clair-obscur y étaient spectaculaires, sur les cratères Baillaud, Euctemon, De Sitter et aux alentours, tandis que seule la partie est du cratère Meton était visible, la partie ouest étant perdue dans l'ombre au delà du terminateur.

Mare Crisium et ses alentours

La région de Mare Crisium était beaucoup moins contrastée que la précédente, frappée beaucoup plus directement par la lumière solaire. À l'est de la mer, en particulier, les détails étaient relativement difficiles à observer.

Mare Crisium est peu cratérisée (comparée, par exemple, à Mare Nubium et Mare Imbrium), mais j'y ai tout de même observé trois cratères qui s'y démarquent comme de petites îles : du sud au nord, les cratères Picard et Peirce, que j'avais déjà observés, et le minuscule Swift, que je voyais pour la première fois.

À l'ouest de Mare Crisium, le Palus Somni et les cratères Proclus et Lyell se laissaient voir, mais de manière moins contrastée que les fois précédentes.

Au sud-sud-est de Mare Crisium, au delà des cratères Auzout et Firmicus, se laissaient voir les poches sombres de Mare Undarum.

Sur le rivage sud-est de Mare Crisium, s'avançant à l'intérieur de celle-ci, le Promontorium Agarum se présentait comme un massif très éclairé où le manque d'ombre laissait voir peu de détails, tandis que les cratères Concordet, Hansen et Alhazen, dans une zone noyée de lumière intense, ne se laissaient voir que par intermittence. Malgré tout, à l'extrême est de ces trois cratères, sur le limbe, on pouvait distinguer l'étendue mince et allongée de Mare Marginis. La vision de cette mer donnait une extraordinaire impression de lointain comme si, sur terre, du sommet d'une haute montagne, on apercevait au loin, au delà de kilomètres et de kilomètres de collines basses, de plaines et de déserts, l'étendue fugitive d'un immense golfe.

Mare Nectaris et ses alentours

Après un survol-éclair de Mare Tanquillitatis et de Mare Serenitatis, la région la plus intéressante de ma soirée s'est avérée celle de Mare Nectaris, région bien contrastée et riche de détails captivants.

Mare Nectaris n'est guère cratérisée, elle aussi, si ce n'est la présence du minuscule cratère Rosse.

Au sud, le grand cratère Fracastorius, aux parois nord submergées de laves, a l'air d'une grande baie ouverte sur la mer. À partir de celui-ci, en remontant le rivage de Mare Nectaris vers le nord-ouest, on arrive aux cratères Beaumont puis Theophilus, dont le pic central, déjà observé, était cette-fois-ci entièrement noyé dans l'ombre rasante. Les parois plus élevées du cratère formaient cependant un cercle lumineux autour de ce qui paraissait un abîme sans fond. De Beaumont à Theophilus, la lumière rasante laissait voir deux longues crêtes parallèles, orientées du sud au nord, probablement peu élevée, dont les noms (si elles en ont) ne sont pas indiqués dans l'atlas. Je les ai appelées, pour ma liste personnelle d'observation : « Beaumont-Theophilus est » et « Beaumont-Theophilus ouest ». Au nord de Theophilus, la moitié est de Sinus Asperitatis était visible, tandis que sa moitié nord se perdait dans l'ombre du terminateur.

Au nord de Mare Nectaris, un petit cratère s'est avéré particulièrement intéressant, Capella, avec un beau pic central et, sur le flanc extérieur NNO du cratère, une vallée large et relativement profonde, dont je me demande si elle n'est pas due à l'effet combinée d'un impact et de quelque autre accident de terrain qui lui soit antérieur. À l'est de Mare Nectaris, les Montes Pyrenaeus projetaient une longue ombre sinueuse en direction de la mer.

En se déplaçant au SSO de Fracastorius, le cratère Piccolomini laissait voir son pic central. Puis là, juste à côté de ce cratère, j'ai contemplé la merveille de cette soirée d'observation : Rupes Altai, une falaise qui, j'en ai l'impression, n'aurait pas été aussi saisissante à observer quelques heures plus tôt ou quelques heures plus tard, en raison de l'éclairage très particulier du moment où je l'ai vue. Carpe noctem ! C'est donc une longue falaise qui, partant de Piccolomini, remontait en sinuant vers le nord-ouest pour aller se perdre dans l'ombre du terminateur. La falaise formait une ligne claire, intensément éclairée par le soleil, entre un plateau supérieur (sud-ouest) noyé dans l'ombre et une plaine inférieure (nord-est) complètement ombragée à la base de la falaise, mais dont la tonalité pâlissait graduellement en s'éloignant de celle-ci. Autrement dit, Rupes Altai avait l'allure d'un bracelet d'argent reposant sur un coussin de velours noir. C'était magnifique !

Conclusion

Je suis très content de mon atlas. Un bon atlas me semble aussi indispensable à une agréable sortie d'observation de la Lune qu'un atlas du ciel profond l'est à une agréable sortie d'observation des étoiles, des amas, des nébuleuses et des galaxies. Dans les deux cas, l'atlas permet de préparer sa sortie d'observation, de s'orienter à l'oculaire et de mettre des noms sur ce qu'on voit (voire d'inventer des noms pour son usage personnel !)