samedi 30 avril 2016

Quasar, galaxies et amas globulaires

Double rapport d'observation astronomique 2016.04.29+30

Introduction

Après un hiver particulièrement couvert, nous avons enfin eu une belle semaine de beau temps qui coïncide, qui plus est, avec une Lune favorable à l'observation du ciel profond. J'en ai donc profité, cette semaine, pour faire deux sorties en campagnes : jeudi avec mon frère Emmanuel et vendredi avec un ami, Sébastien L., tous deux astronomes amateurs. Je m'en tiendrai ici essentiellement aux objets célestes que j'ai trouvé par moi-même, Emmanuel et Sébastien en ayant trouvé de nombreux autres. Je mentionnerai toutefois trois autres objets trouvés vendredi par deux membres du club de Saint-Pierre et observés dans un 400 mm et un 500 mm.

Jeudi soir 29 avril

Sortie d'observation avec Emmanuel, sur le bord d'une petite route de campagne, dans Bellechasse. Nous avons utilisé son T305/1500 et des jumelles. Pour le télescope, nous avions des oculaires de 38 mm, 26 mm, 12 mm et 8 mm, pour des grossissements respectifs de 39x, 58x, 125x et 188x.

Mon but principal de la soirée était de trouver et observer le quasar 3C 273, dans la constellation de la Vierge. Je m'étais bien préparé, à l'aide de cartes précises et de photos. Partant de Porrima (γ Vir), j'ai commencé par remonter vers les deux galaxies spirales NGC 4536 et NGC 4527, toutes deux visibles dans le même champs, à 39x, et placées symétriquement de part et d'autre d'une paire d'étoile de magnitude 9, environ. Les galaxies étaient de petites taches floues que j'ai observées aussi à 58x, mais je ne m'y suis pas attardé outre mesure. Revenant à 38x, je me suis déplacé par saut d'étoile en étoile à la zone où se trouve le quasar, mais il a fallu grossir pour le voir. À 58x, il se laissait deviner et, à 125x, on le voyait à coté d'une petite étoile plus faible que lui. J'ai encore grossi à 188x, où on voyait mieux la configuration des étoiles d'alentours. Cet objet céleste situé à environ deux milliards et demi d'années-lumière est d'apparence stellaire: si je n'avais pas su qu'il s'agissait d'un quasar, rien n'aurait pu me laisser deviner ce dont il s'agissait, tant il est ponctuel. On comprend alors spontanément pourquoi on a nommé ces objets «quasars», «quasi-stars»! C'est aussi l'objet le plus lointain que j'aie jamais observé, et je serais fortement surpris d'en observer un plus lointain un jour, ou plutôt une nuit... En tout cas, c'est une observation qui marque : plus tard, sur la route du retour, je n'arrêtais pas de me dire « J'ai vu un quasar situé à deux milliards et demi d'années-lumière ». Que d'années! Quelle distance!

Ce soir-là, j'ai trouvé trois autres galaxies toutes proches les unes des autres. D'abord, en visant l'endroit recherché avec le Telrad, je suis tombé du premier coup sur NGC 4656 (ou le Bâton de hockey ou le Lévrier). Sa forme coudée était évidente mais, en raison de son épaisseur, je trouvais finalement que le nom de «Lévrier» lui valait mieux que celui de «Bâton de hockey»; c'est évidemment là une impression très subjective! À ma grande surprise, je l'ai trouvée à 125x, ayant utilisé l'oculaire qu'Emmanuel avait laissé sur le télescope quelques minutes avant. Toujours à ce grossissement, j'ai ensuite trouvé NGC 4631 (ou C32 ou la Baleine), une belle galaxie spirale avec un renflement d'un côté qui lui donne davantage l'allure d'une irrégulière. Elle porte bien son nom et a tout-à-fait l'air d'un grand cétacé. À ce grossissement, elle prenait toute la largeur du champ. Juste à côté, la petite NGC 4627 (ou le Baleineau), une tache floue toujours observée à 125x.

Vendredi soir 30 avril

Sortie d'observation avec Sébastien L. à l'observatoire du club Le ciel étoilé, à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud. Nous avions chacun notre T203/1200, mais j'ai aussi utilisé le T500/2500 du club. Pour le T203 : oculaires de 32 mm et de 12 mm pour des grossissements respectifs de 38x et de 100x. Pour le T500 : oculaires de 20 mm et de 13 mm pour des grossissements respectifs de 125x et de 192x. C'était le deuxième fois que j'utilisais moi-même le T500. Comme il y avait d'autres membres du club qui étaient présents, nous avons utilisé en alternance ce gros télescope. Je n'y suis cependant pas encore rompu : l'utilisation d'un escabeau pour voir les objets en hauteur et un champ réel plus étroit que celui auquel je suis habitué, pour localiser un objet, m'ont ralenti quelque peu. Mais, sapristi ! que ça en valait la peine !

J'ai commencé ma soirée en trouvant, au T500 à 125x, l'amas globulaire M53 dans la Chevelure de Bérénice. Observé à 196x, il était bien résolu en une multitude d'étoiles et il montrait un noyau nettement plus brillant que le halo. Pas tellement loin de M53, je voulais surtout trouver l'autre amas globulaire NGC 5053, que j'avais essayé de trouver en vain, l'an dernier à Saint-Pierre, avec un T305. Cet amas, pourtant aussi étendu que M53 et approximativement à même distance que celui-ci, est très difficile à voir, sa lumière étant largement bloquée par un nuage de poussières galactiques. À 125x, j'ai réussi à deviner quelque chose. À 196x, on distinguait des étoiles extrêmement ténues, à la limite de la visibilité, qui donnaient à NGC 5053 l'apparence d'un amas ouvert étendu mais faible. Si je ne l'avais pas su, je n'aurais pas deviné qu'il s'agissait d'un amas globulaire.

Prenant mon T203, j'ai ensuite observé l'amas globulaire M3, dans les Chiens de Chasse. Trouvé à 38x, il se présentait à 100x sous un aspect granuleux. Puis, à environ 5° franc est de M3, j'ai trouvé NGC 5466, un autre amas globulaire. À 38x comme à 100x, il se présentait comme une tache floue, non résolue en étoiles.

De retour au T500, je cherchais M104 lorsque j'ai entendu quelqu'un crier à un autre, un peu plus loin: «Je vois la Grande Tache Rouge». J'ai donc mis de côté ma recherche de M104 pour observer Jupiter (à 196x). Une lune était très proche du disque de la planète mais, surtout, on voyait bien les bandes nuageuses sombres et, justement, la Grande Tache Rouge. J'étais très content de voir celle-ci, que je n'avais jamais encore vue et que je rêvais de voir depuis mon enfance ! Elle se présentait comme une tache orangée qui débordait de la bande sombre équatoriale sud.

Sébastien m'a alors suggéré d'aller observer l'amas globulaire M13 dans le T450 d'un autre membre du club. Je ne me rappelle pas du grossissement, mais il était immense et résolu en un nombre incalculable d'étoiles. C'était fantastique !

Je suis ensuite retourné à mon T203 pour jeter un coup d'oeil à Mars qui se levait mais, encore très basse sur l'horizon, elle était brouillée par la turbulence de l'atmosphère et aucun détail de surface ne se distinguait. Cependant, signe que son opposition approche, elle était plus large, à 38x, que je ne l'avais jamais vue.

Le T500 s'étant de nouveau libéré, j'ai repris ma recherche de M104 (ou galaxie du Sombrero), que j'ai trouvée à 125x et qui laissait bien voir sa forme caractéristique, puis je me suis déplacé légèrement pour observer la magnifique étoile sextuple Σ1659 (ou Canali 1), qui se présente comme un petit triangle équilatéral dans un plus grand triangle équilatéral inversé. L'une des étoiles du petit triangle n'est pas toujours facile à voir mais, au T500, elle ressortait vraiment très bien.

Sébastien et moi avons alors plié bagage. Au moment de partir, Denis, le responsable du club, nous a invités à venir jeter un dernier coup d'oeil au T500 pour observer la Baleine et le Baleineau que j'avais observés la veille. À 196x, le Baleineau était plus étendu que la veille au T305, tandis que la Baleine laissait davantage voir son aspect grumeleux. Elle était très impressionnante. Entre les deux galaxies, une petite étoile de rien du tout, déjà remarquée la veille.

Conclusion

Deux très belles soirées dont les faits saillants, pour moi, ont été l'observation du quasar 3C 273, des amas globulaires M53, NGC 5053 et M13, ainsi que de la Grande Tache Rouge. Au total, neuf observations étaient nouvelles pour moi : 3C 273, NGC 4527, NGC 4536, NGC 4627, NGC 4631, NGC 4656, NGC 5053, NGC 5466 et la Grande Tache Rouge. 
 
Et puis, ajoutons-le, observer avec Emmanuel, Sébastien et les autres membres du club donne des soirées très agréables ou les discussions et le partage des observations, dans les différents télescopes, sont très enrichissantes.